Guide Legrand des buffets de vernissages : cacahuètes d’or et second degré

Depuis 2004, Pierre Montjaret, professeur à la retraite, artiste conceptuel à ses heures et adepte assidu du second degré, fait vivre un guide gastronomique très particulier, et en version papier s’il vous plait. Sa critique ne porte nullement sur les restaurants établis mais sur… les vernissages d’exposition. Entretien avec le guide-artiste qui a pris le pseudonyme d’Auguste Legrand, teinté d’humour et de bon sens.

Bouillantes | Comment est née cette idée plutôt surprenante de lancer un guide dédié aux buffets de vernissages d’exposition qui sont, par définition éphémère ?

Pierre Montjaret | J’ai longtemps fréquenté les expositions comme n’importe quel amateur d’art. J’y allais pour voir les oeuvres, et elles seules. Puis, un jour, on m’a proposé de venir au vernissage d’une exposition. Ce que j’ai fait. Il se trouve que mon premier vernissage fut fort agréable : festif, vivant et plutôt bon. Je me suis aperçu que les invités ne venaient pas spécialement découvrir les oeuvres – voire pas du tout – mais partager ce moment de ripailles. D’où cette envie de créer ce qui n’est rien d’autre qu’une parodie de guide gastronomique dédié à ce moment très particulier qu’est un vernissage d’exposition. 

Quelles sont les conditions requises pour que le vernissage puisse être retenu dans votre sélection ? 

Il faut qu’il soit ouvert au public. C’est la base. S’il y a un système d’invitation, celle-ci doit être facilement accordée ou transmissible. Le vernissage doit être également gratuit. Ce qui compte, c’est le libre accès, à l’instar d’un restaurant. Certes, il faut payer son repas bien sûr mais n’importe qui peut faire le choix de réserver sa table. 

Avez-vous des critères pour noter les vernissages ? 

Vous avez bien compris que toute ma démarche s’inscrit dans une logique humoristique, très second degré. Mais il n’en demeure pas moins que ce guide existe bel et bien. Il existe donc des critères, avec une grille précise qui comprend cinq éléments, tout comme le guide Michelin dont je m’inspire en partie. Il y a d’abord le lieu (son esthétisme, sa praticité…), la qualité des discours (pas trop longs), le buffet lui-même (ce qu’il y a manger et à boire), le service et la conversation (ambiance générale, qualité et intensité des discussions). Un bon buffet, c’est celui qui va pousser les invités à ne pas regarder l’exposition pour mieux se concentrer sur les agapes et le partage. Précision importante : tous les buffets visités sont présents dans le guide, les meilleurs comme les pires. 

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Pierre Montjaret en mode ‘inspecteur’ et très second degré

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Proposez-vous une notation, comme le fait le guide Michelin avec ses étoiles ? 

Absolument. Les étoiles sont ici remplacées par des cacahuètes d’or, avec la notation suivante : zéro (la pire note), deux, quatre et six cacahuètes d’or (le maximum). 

Sur quel ‘territoire’ agissez-vous ? Dans vos guides, il y a également des vernissages qui ont lieu à l’étranger par exemple. 

Nous avons aussi des inspecteurs et des inspectrices ! Ils sont bénévoles, incorruptibles et rigoureusement formés pour exercer leur art au sein de l’Académie Legrand. J’ai des amis ou des connaissances qui m’envoient leurs rapports de temps en temps. J’ai ainsi une amie qui vit en Roumanie et qui se rend régulièrement dans des vernissages. On peut retrouver ses notations dans le guide par exemple. 

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Fenêtre ouverte : les drôles de performances de Pierre Montjaret

Drôle de personnage que ce Pierre Montjaret, qui a créé ce surprenant guide des buffets de vernissages et ses cacahuètes d’or, et qui, en grand amoureux de l’art conceptuel, a également créé des rendez-vous extra-ordinaires. Le principe est simple : l’artiste donne rendez-vous, via différents canaux (réseaux sociaux, presse, etc.), un jour précis, à une heure donnée et à une adresse détaillée. « À l’heure dite, j’ouvre une fenêtre du bâtiment concerné, et c’est terminé. Je ne cherche pas à me montrer ou à faire je ne sais quoi » sourit Pierre Montjaret. Plus simple, ce n’est pas possible. Ces rendez-vous très éphémères ont lieu depuis près de huit années. « J’ai ouvert quelque 50 fenêtres à ce jour » précise l’artiste. Lequel ne court ni après la gloire, ni la moindre prétention. À chaque fois, quelques dizaines de personnes répondent présent. Largement suffisant pour faire le bonheur de Pierre Monjaret. « Être à la marge de l’art me suffit amplement. Se poser la question de savoir si c’est de l’art ou pas, rien que ça, ça donne un début de sens à ma démarche » conclut-il. 

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Vous assumez totalement le second degré de votre démarche puisque, contrairement à un restaurant, un vernissage est éphémère. Toute votre démarche se rapproche-t-elle de l’art conceptuel ? 

Bien sûr que toute ma démarche s’inscrit dans une certaine approche de l’art conceptuel, avec tous les paradoxes qui vont avec. Mais elle n’est pas dénuée de sens non plus. Certes, contrairement à un restaurant, on n’imagine pas un invité se plaindre officiellement- sur les réseaux sociaux ou ailleurs – sur la qualité du buffet. Je ne suis pas certain non plus que l’existence du guide Legrand contribue à l’amélioration substantielle du buffet de vernissage. Mais certains galeristes de la région (Pierre Montjaret vit à Pau, ndlr) m’expliquent qu’ils sont contents quand il y a du monde au buffet ; ils nous arrivent de disserter sur sa qualité et son dynamisme. En quelque sorte, le buffet a sa propre existence par-delà la qualité de l’exposition. 

Où peut-on trouver le guide Legrand des buffets de vernissages ? 

Les différentes éditions (une nouvelle édition est publiée tous les deux ans, ndlr) sont malheureusement épuisées ou presque. Il faut dire que les tirages sont plutôt confidentiels. Pour les amateurs, certaines éditions sont présentes dans des bibliothèques publiques. Ce qui est drôle, c’est de voir dans quelle catégorie le guide a été rangé. Parfois, on le retrouve dans le rayon « guide gastronomique », parfois, c’est plutôt dans le rayon « livre d’art » et, enfin, parfois dans le rayon « humour ». J’aime cette idée de ne pas entrer dans une case parfaitement définie. 

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Pratique

Site Internet du guide Legrand

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Photographie

FPR

LES INFOS EXPRESS

27/08 | La Grande Maison (Bordeaux, 33), qui a hébergé pendant quelques années une table gastronomique, dirigée par Joël Robuchon à partir de 2014 puis par Pierre Gagnaire (avec le génial Jean-Denis Le Bras en cuisine) de 2016 à 2020, change de main. Bernard Magrez vient de vendre son bien à un PDG d’une agence de cybersécurité. La belle gastronomie ne reverra pas le jour dans ce bel hôtel particulier. 

26.08 | Les éditions Michelin publieront à l’automne deux livres sur le vin signés de la journaliste Laure Gasparotto : ‘L’atlas des vins de France’ et ‘Les fabuleux itinéraires Michelin’ (avec des illustrations signées Michel Tolmer).

26.08 | La 14e saison de l’émission ‘La meilleure boulangerie de France’ vient d’annoncer son nouveau jury qui sera nombreux. Noëmie Honiat, Danny Khezzar, Michel Sarran et Chiara Serpaggi sont rejoints par Nina Métayer, Brian Boclet, Camille Delcroix et Christophe Renou. Pour rappel, le juré historique de l’émission Bruno Cormerais a été écarté par la production suite à des accusations de harcèlement à l’encontre de Chiara Serpaggi. Celui-ci conteste les faits. La date de diffusion de l’émission n’est pas encore connue. 

25.08 | Le Bistrot B (Lyon, 6e arrondissement.) a mis la clé sous la porte après huit années d’activité.

25.08 | Le chef Michael Gamet, ex-Mâche (Paris), et Élodie Garcia Dura ont ouvert l’Auberge de Marigna, située à Marigna-sur-Valouse, dans le département de la Franche-Comté. L’établissement compte quelques chambres et un restaurant.

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