Viande : manger les autres ou être mangé

Âme sensible s’abstenir, esprit ouvert à la dystopie et à l’horreur, lisez ça. Bien loin, très loin même des livres qui content fleurette, l’ouvrage de Martin Harnicek vous ecoeurera et vous régalera à la fois. 

La préface, de Benoit Meunier, résume à la perfection le contenu du livre : « Dans ce monde fantomatique et caricatural, à l’opposé du réalisme, le narrateur déambule à travers une ville en ruine dans laquelle toute action se résume à deux possibilités : manger les autres ou être mangé par eux. Les structures sociales se sont effondrées, les pires tabous ont été franchis, et il ne reste plus qu’un pouvoir vertical et absolu qui oppose le peuple à la caste des policiers et des bouchers. L’humanité est réduite à sa fin dernière, elle se dévore elle-même, littéralement, comme un serpent qui se mord la queue : il n’y a plus rien, plus de nature, d’animaux, d’amour, d’espoir, et surtout plus d’avenir. Et, à l’intérieur de la ville elle-même, il ne reste plus que le microcosme des halles, sorte de Dépeupler extrême, allégorie miniature d’une société dénaturée. » 

L’auteur, né en 1952, en pleine Tchécoslovaquie communiste, écrivain non professionnel, a écrit quelques romans vendus à l’époque sous le manteau. Signataire de la Charte 77 (pétition signée par les dissidents du régime communiste de l’époque), repéré par Vaclav Havel et harcelé par le régime, Martin Harnicek s’est exilé en Allemagne où il a travaillé dans un hôpital psychiatrique. Dans ce livre court et intense, très joliment édité par Monts Métallifères, on retrouve du Kafka et du Orwell. Cela n’étonnera personne que cet ouvrage, selon l’auteur lui-même, est né d’un bad trip en 1969.

Cannibalisme, délation, monstruosité de tous et fuite : un livre dérangeant qui, finalement, résonne un peu avec notre époque qui s’interroge plus que jamais sur les frontières politiques de l’acceptable et de l’inacceptable. 

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Viande | de Martin Harnicek | Ed. des Monts Métallifères | 1981 (Première édition française en 2024) | 17€

LA PLATEFORME BOUILLANTES

LES INFOS EXPRESS

15 juin | Après plusieurs semaines de retard, le chef Maxime Bouttier vient d’ouvrir « Éthanol » à un jet de bouchon de son restaurant étoilé Géosmine (Paris, 11e arr.). Les amateurs y retrouveront une cuisine bistrotière simple et directe (os à moelle, sole meunière, croissant jambon-emmental…) et quelque 500 références de vins. 

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14 juin | Le label B Corp (Benefit Corporations), porté par l’ONG B Lab, fête ses 20 ans. Le mouvement certifie les entreprises qui agissent dans l’intérêt général, notamment en faveur de l’environnement. À l’occasion de cet anniversaire, B Lab dévoile cinq priorités pour la décennie à venir, parmi lesquelles : « renforcer ses standards de certification », « développer une communauté plus large et plus inclusive » et « faire émerger de nouveaux critères de réussite pour les entreprises et les investisseurs ».

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13 juin | Le chef Fabien Ferré, à la tête du restaurant trois étoiles La Table du Castellet (83) accueillera le 8 juillet son confrère Yoann Conte, à la tête de la table doublement étoilée éponyme (Veyrier-du-Lac, 74). Le menu à quatre mains, affiché à 420 €, sera servi en huit temps.

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