Plainte pour « traite d’êtres humains » déposée contre Deliveroo et Uber Eats

L’exploitation de la vulnérabilité de plusieurs dizaines de milliers d’individus, majoritairement nés à l’étranger, qui permet la réalisation d’importants bénéfices, est-ce qualifiable de « traite d’êtres humains », voire de « discriminations » ? La justice est saisie de cette question suite à un dépôt de plainte contre Deliveroo et Uber Eats.

Pour l’avocat Thibault Laforcade, le constat est simple : « Le modèle économique repose sur l’exploitation d’une main d’oeuvre très précaire, en grande partie immigrée, dans des conditions de travail indignes, pour des revenus de survie ». Celui qui représente les associations d’aides aux livreurs de repas – Maison des Livreurs (Bordeaux), la Maison des Coursiers (Paris) et les associations Amal et Ciel – a porté plainte au pénal auprès de la procureure de la République de Paris le mercredi 22 avril contre Deliveroo et Uber Eats pour « traite d’être humains » et menace en outre Uber Eats d’une action de groupe au civil pour « discriminations ». 

Selon Jonathan L’Utile Chevallier, coordinateur de projet à la Maison des livreurs (Bordeaux), de nombreux témoignages recueillis « permettent d’affirmer que les plateformes font des bénéfices très importants en exploitant la vulnérabilité de ces travailleurs », lesquels seraient entre 70 000 et 100 000 en France. Selon une enquête menée en 2025 par Médecins du Monde et plusieurs centres de recherche, 98% des livreurs sont nés à l’étranger et 64% sont sans titre de séjour. Ils travaillent en moyenne 63 heures par semaine pour un revenu moyen de 1480€ bruts mensuels.

Du côté des plateformes concernées, on se défend comme on peut. Déliveroo assure qu’elle applique un accord d’avril 2023 « garantissant aux livreurs un revenu horaire minimum de 11,75€ », conteste « vigoureusement les intentions qui lui sont prêtées » et « rejette fermement toute assimilation de son modèle à une situation d’exploitation ou de traite des êtres humains ». Du côté d’Uber Eats, qui assure avoir découvert la plainte par voie de presse, on explique que la plainte « ne repose sur aucun fondement ». 

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