Vit-on enfin un tournant significatif dans le domaine des violences en cuisine ? Peut-être bien. Il y a quelques jours, la justice ouvrait une enquête à l’encontre du chef Olivier Bellin pour « violences et harcèlement moral ». Le grand monde des petites mains, cassé par des années de souffrances à l’Auberge des Glazicks, pouvait enfin saluer cette avancée après des décennies de silences coupables. Que la justice fasse désormais son travail. La justice, justement, qui se met au diapason de notre société et sait interpréter les textes en fonction du goût de l’époque. C’est ce qu’a fait la Cour de cassation, en 2025 et en 2026, en élargissant l’interprétation du délit de harcèlement sexuel. Nul doute que cela pourrait changer bien des choses. C’est à lire dans notre article du jour. Une enquête, une jurisprudence confirmée : deux bonnes nouvelles qui montrent que la parole se libère et que la justice se met au diapason.
Mais il ne faudrait pas se réjouir trop vite. Car si la surface se craquelle, l’écosystème de la restauration reste très largement gangréné. Pire, il ferme en réalité les yeux. Trois faits le prouvent. D’abord, les pseudos ‘grands’ chefs ne bronchent pas. Parce qu’ils savent qu’ils ne sont pas blanc-bleu ? Probablement. Ensuite parce que la presse professionnelle, celle qui est soi-disant censée informer ne bronche pas. L’exemple du magazine Le Chef en est la parfaite illustration. L’enquête ouverte par la justice contre Olivier Bellin ? Rien de rien ; pas un mot. Juste un petit article pour relayer la communication officielle du chef au début de l’été concernant ses faux atermoiements sur sa possible fermeture. Cette presse préfère séduire les partenaires que plaider pour la vérité. Ce silence n’est-il pas coupable ? Ne conduit-il pas à cette « ambiance » d’impunité ressentie par tant de chefs violents ? La question mérite plus que jamais d’être posée. Enfin, il n’y a quasiment pas un jour où nous ne recevons pas un message nous signalant des faits de violences ou de harcèlement dans un restaurant ou un hôtel. Se réjouir au regard de ces éléments me semble moralement inconfortable.
Réjouissons-nous du mouvement en cours, mais ne nous leurrons pas. Depuis mes premiers articles en 2014, qui avaient provoqué une crise de panique jusqu’à provoquer des réunions secrètes de quelques chefs pour « tuer » le média Atabula (Bouillantes a pris la suite), la situation a évolué, la société a changé, la presse grand-public regarde le secteur de la restauration avec moins de condescendance. Mais l’essentiel n’a pas bougé : l’omerta perdure.
_____
À lire également
_____
Photographie
Jonathan Castaneda
















































