Gaby Benicio (Äponem) : « J’ai décidé de reprendre la parole »

Deux ans après sa très violente séparation avec la cheffe et ex-compagne Amélie Darvas, Gaby Benicio, qui dirige le restaurant Äponem (Vailhan, 34) prend la parole pour la première fois et revient sur cet épisode douloureux, sur la plainte déposée, et s’exprime sur le ‘nouveau’ Äponem. Entretien.

Bouillantes | Deux ans après la rupture violente d’avec Amélie Darvas, votre ancienne compagne et cheffe du restaurant Äponem, vous décidez de reprendre la parole. Pourquoi ?

Gaby Benicio | Depuis deux ans, j’ai reçu différentes sollicitations pour m’exprimer mais je ne le souhaitais pas. C’était trop tôt, trop proche des faits. Je ne voulais en aucun cas alimenter quelque chose de négatif. Humainement et émotionnellement, cette rupture en mars 2024 a vraiment été dure à vivre. Je suis tombé en dépression, je n’ai pas de gêne pour le dire. Et puis j’ai horreur du scandale. Il me fallait du temps pour me reconstruire et reprendre la parole. Ce que je fais aujourd’hui. 

Deux années après le départ dans la douleur de la cheffe Amélie Darvas, comment va le restaurant Äponem ?

Tout va aujourd’hui très bien à Äponem. Ce restaurant est mon projet de vie, je m’y investis donc complètement. Avec Raquel Sobral, qui était la seconde d’Amélie (Darvas, ndlr) et dirige désormais les fourneaux, nous proposons une cuisine très engagée, à tous les niveaux. Jamais notre engagement n’a été aussi fort, aussi militant. Il y a de la joie ici. Et de la sérénité. 

Vous parlez d’engagements. Concrètement, cela veut dire quoi ?

Cet engagement, il se concrétise partout. Dans l’assiette, avec un travail toujours poussé sur le végétal et sur l’écologie. Nous allons jusqu’au bout de la démarche. J’aime parler de cuisine militante. Il y a aussi le respect constant des conditions de travail de nos salariées. Ici, il n’y a que des femmes. Nous savons tous que les conditions de travail sont parfois difficiles en cuisine ; ici, le respect est total et permanent. Même pendant le coup de feu, je souhaite entendre des « s’il te plait », des « merci » ; personne ne hausse le ton. Avec Raquel, qui a d’ailleurs travaillé sur le sujet des rapports en cuisine dans sa thèse, nous veillons à un respect scrupuleux de cela. Y compris sur les horaires : 35 heures pour les équipes. Et, ici, c’est aussi un même salaire pour tout le monde. Nous avions besoin de retrouver un environnement sain ; c’est chose faite. 

La perte de l’étoile rouge, en 2025, a-t-elle été un autre coup dur pour le restaurant ? 

Je ne travaille pas pour les guides, et je n’ai jamais travaillé pour eux. Mais je me rappelle encore de ce coup de téléphone, un numéro étranger, d’une femme qui m’a annoncée avec une froideur incroyable la perte de cette étoile. L’impact a été fort, avec une baisse du chiffre d’affaires sur l’année avoisinant les 40%. Sont-ils revenus nous visiter ? Je ne le sais pas, je ne le crois pas. Le texte parle de glycine alors que nous n’en avons pas… L’année qui a suivi cette suppression a été difficile mais, aujourd’hui, nous avons remonté la pente. Le restaurant est complet, les clients sont heureux et ils nous le font savoir. C’est de très loin à nos yeux le plus important. Le client restera toujours ma priorité. 

Que s’est-il passé en mars 2024 pour que cela provoque cette séparation entre Amélie Darvas et vous ? 

J’aimais profondément Amélie mais il n’était plus viable de continuer ensemble au niveau professionnel. Travailler ensemble était devenu impossible, sans que je puisse en dire beaucoup plus. J’étais présidente de la société, elle directrice générale. J’ai dû prendre des décisions pour protéger les équipes et le restaurant. J’ai donc convoqué une assemblée générale pour mettre fin à cette situation qui avait des conséquences sur tout notre écosystème.

C’était soit elle, soit vous qui restiez donc à Äponem ? 

Amélie ne voulait eu aucun cas continuer l’aventure du restaurant sans moi. Moi, j’y étais prête. Elle est donc partie après l’assemblée générale qui a voté sa destitution à la majorité. 

En juin, le journal Le Figaro publie un article qui annonce une plainte au pénal pour abus de faiblesse, faux et usage de faux, abus de biens sociaux et défauts de consultation des associés. Comment réagissez-vous ? 

J’ai appris l’existence de cette plainte par un coup de téléphone du journaliste Stéphane Durand-Souffland. Cela a été un moment extrêmement difficile à vivre. Je suis tombé de ma chaise. Manifestement, il avait la plainte entre les mains alors que moi, je n’étais même pas au courant de son existence*. Je lui ai envoyé tous les éléments de preuve pour qu’il puisse constater par lui-même que toutes les accusations étaient totalement infondées. Il ne m’a jamais répondu et n’a jamais donné suite dans les colonnes de son journal. Pourtant, il avait tout. Je suis accusée d’avoir acheté des tables et un tapis pour chez moi ? Tout est au restaurant. Les dépenses au spa ? C’était pour fêter la fin de l’année avec les équipes. Amélie était même présente. Les dépenses de vêtements ? Ce sont des chemises de la marque Uniqlo pour les équipes. Les prétendues lunettes ? Ce sont en réalité des bougies d’ambiance là encore pour le restaurant. L’article parle même de ma mère qui serait ‘sans papier’. Une fois de plus, j’ai envoyé la photocopie de sa pièce d’identité et de son contrat de travail puisqu’elle travaillait avec nous. Cet article accusatoire était d’une injustice totale et l’absence de contradictoire pose tout de même question.

Où en est la plainte deux ans après son dépôt ? 

Aucune nouvelle. Je n’en ai plus jamais entendu parler. De façon volontaire, je suis allé déposer au parquet toutes les preuves qui contredisaient les accusations d’Amélie. Deux ans après, je n’ai jamais été entendue par la justice. Pas de son, pas d’image. 

Amélie Darvas va ouvrir prochainement son restaurant à une grosse heure de chez vous. Dans quel état d’esprit êtes-vous à son égard ? 

Je pense sincèrement qu’Amélie a été mal conseillée à l’époque. Toute cette histoire aurait pu se régler en bonne entente, dans la bienveillance. Mais elle n’a pas choisi cette voie : elle a préféré mener la guerre, avec un coût humain et émotionnel fort. L’amour perdu n’empêche pas le respect. Mais, du fond du coeur, je souhaite toute la réussite possible à Amélie. Qu’elle s’apaise, qu’elle trouve la paix.

Quelle est la suite pour Äponem ? 

D’aller encore plus loin dans notre histoire. Ici, c’est une histoire de femmes, de militantisme. Il n’y a plus aucune violence et cela se ressent au quotidien. Les clients sont là, et au regard de la conjoncture, c’est bien la preuve qu’avec Raquel nous faisons les bons choix. 

_

* La plainte aurait été fournie par l’attachée de presse d’Amélie Darvas, Clarisse Ferrères-Frechon, à Stéphane Durand-Souffland. Contacté par Bouillantes, ce dernier n’a pas souhaité répondre à nos questions. Il n’a pas souhaité répondre non plus aux propos de Gaby Benicio qui assure qu’elle a envoyé toutes les preuves concernant les achats et autres éléments au journaliste, sans que jamais celui-ci n’en fasse écho, mettant en cause la vraie recherche du contradictoire. Quant à Clarisse Ferrères-Frechon, elle n’a aucun souvenir d’avoir transmis la plainte au journaliste du Figaro. Elle précise qu’il y a plusieurs plaintes et que cela « remonte à trop longtemps ».

_

À lire également

_

Pratique | Site du restaurant Aponem

Photographie | DR

LA PLATEFORME BOUILLANTES

LES INFOS EXPRESS

14 juin | Le label B Corp (Benefit Corporations), porté par l’ONG B Lab, fête ses 20 ans. Le mouvement certifie les entreprises qui agissent dans l’intérêt général, notamment en faveur de l’environnement. À l’occasion de cet anniversaire, B Lab dévoile cinq priorités pour la décennie à venir, parmi lesquelles : « renforcer ses standards de certification », « développer une communauté plus large et plus inclusive » et « faire émerger de nouveaux critères de réussite pour les entreprises et les investisseurs ».

_

13 juin | Le chef Fabien Ferré, à la tête du restaurant trois étoiles La Table du Castellet (83) accueillera le 8 juillet son confrère Yoann Conte, à la tête de la table doublement étoilée éponyme (Veyrier-du-Lac, 74). Le menu à quatre mains, affiché à 420 €, sera servi en huit temps.

_

Tous les « express » sont à lire uniquement sur notre newsletter abonné(e) ‘La Matinale de 8h30’ | Abonnez-vous

LES DERNIERS ARTICLES