Pied : délits à chaussettes et mise à pied

Écosystème vivant, complexe, se transformant au rythme des évolutions sociétales et culinaires, le restaurant ne cesse de changer dans sa forme, ses usages, son périmètre. En 80 mots, Bouillant(e)s dresse un portrait qui se rêve exhaustif du restaurant d’aujourd’hui, avec amusement, réflexion, analyse, culture et impertinence. Partons sous la table et causons… pied.

Je ne parle pas ici de prendre son pied à table. Cela arrive parfois et personne ne vous le reprochera. Sauf si vous le faites trop bruyamment. Si l’orgasme est culinaire, cela suscitera l’empathie de la table voisine et ravira le chef et son équipe. Si l’orgasme est sexuel, vous êtes prié(e) de le faire dans la plus grande discrétion. Pour cela, il y a les toilettes – autrement appelées « lieu d’aisance » – dont l’isolement se révèle salvateur pour les envies décalées. Cela dit, en passant, un petit guide pratique des toilettes les plus appropriées pour un petit coup vite fait bien fait en couple ne serait pas de trop. Pourquoi ne pas créer un vrai guide disruptif dans un monde de l’édition souvent fort convenu ? Il existe bien déjà un Lonely Planet sur les belles toilettes du monde. Crac-crac entre la viande et le fromage, histoire de se remettre en forme avant la suite des agapes. Un trou normand… revisité. Sans alcool mais pas sans plaisir. Le pied. 

Mais tel n’est pas notre sujet. Oublions la partie de jambes en l’air et gardons les pieds sur terre. Mais nus. Il n’est pas rare d’apercevoir des pieds s’égayer sous les tables. Si, regardez bien, vous verrez… Madame enlève ses ballerines, Monsieur se déleste de ses mocassins. Ni vus, ni connus, les arpions prennent l’air et l’on se sent comme à la maison, chaussons en moins, sous l’ombre protectrice de la longue nappe. Enlever ses chaussures ne relève pas de la transgression, quand même pas, mais il y a néanmoins ce petit sentiment d’être en décalage avec les us et coutumes du restaurant, un petit secret que personne n’est censé savoir, pas même son acolyte. À moins de lui faire du pied, juste du bout, sans boue, sans tabou. Une délicieuse entorse au règlement. Sans douleur. 

Reste la question de celui ou de celle qui voit, de loin, les pieds émergés et les chaussures prestement mises sur le côté. Le personnel de salle fermera l’œil, le fétichiste se le rincera, et tous les autres y jetteront un regard, entre gêne, pudeur, amusement et questionnement. Ai-je envie de faire de même ? Oserais-je le faire ? Puis vient la question pratique : comment faire avec mes chaussures à lacets, voire mes bottes ? Impossible que cela ne se voit pas. Car les enlever discrètement est une chose, les remettre en est une autre. De là naît la question de la préméditation du délit à chaussettes. Interrogation insoluble, sauf à engager la délicate discussion avec le présumé coupable. Qui ne risque pas même la moindre… mise à pied. 

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Secrétariat de rédaction | Sarah Rozenbaum

Photographie | Danie Franco

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