Il y avait dans le projet de la Jeune Rue, porté en 2014 par l’escroc fantasque Cédric Naudon, tous les ingrédients pour que l’aventure soit un succès phénoménal. Il suffit de voir comment les médias, français et internationaux, se sont emparés du sujet à l’époque. Au final, ce fut une débâcle retentissante, très bien expliquée dans le documentaire d’Aurore Aubin diffusé depuis peu par Canal+, et qui devrait évoluer en courte série de trois épisodes. Son grand entretien, à lire sur Bouillantes, est passionnant.
Par-delà cet échec, la Jeune Rue peut être vue comme la preuve certes douloureuse mais incontestable que la restauration et l’alimentation – le volet « producteur » était important – font rêver et peuvent faire déplacer des montagnes. Le documentaire le montre très bien : en dépit des évidences, en dépit du bon sens même, les acteurs de cette farce refusent pendant de longs mois d’ouvrir les yeux. Non pas seulement à cause du talent de dissimulateur et de séducteur de Cédric Naudon, mais aussi parce que le projet, intrinsèquement, donnait du sens à des parcours de vie parfois difficiles ou incomplets ; cette fameuse quête de sens qui fait qu’aujourd’hui le secteur de la restauration connait toujours un afflux de reconvertis – de la banque, du commerce, etc. – qui voient dans le restaurant un nouveau contact (parfois contestable) avec la réalité terrienne.
Près de douze ans plus tard, la Jeune Rue vit encore. Non pas pour elle-même mais pour toute les valeurs qu’elle incarnait, pour le petit grain de folie qu’elle a probablement instillé. Derrière les mensonges d’un homme et l’utopie du projet, il y avait une vision. Comme le clame Oscar Wilde, « le progrès n’est que l’accomplissement des utopies ».
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