Notre récent dossier sur le guide Gault et Millau a montré – et démontré – toutes les errances et les erreurs d’une marque dont on se demande encore comment elle tient. Rien ne va. Les partenaires se retirent, le magazine ne se vend pas et perd de l’argent (le changement de qualité du papier constitue le signe le plus tangible à ce jour), les propriétaires russes, proches de Vladimir Poutine, n’inspirent confiance à personne. Quant au guide lui-même, il n’a plus aucune influence sur qui que ce soit et cherche à réduire ses pertes financières abyssales en vendant de la publicité vue par personne à des restaurateurs qui tombent encore dans le panneau en 2026.
Mais, même si cela semble difficile à croire, le Gault et Millau fait pire encore. Il vend ses services de consulting – qui représentent environ un tiers de ses revenus selon nos informations – au groupe Korian, spécialiste des maisons de retraite. Or, comme je l’explique dans le grand papier à lire aujourd’hui, un Ehpad labélisé par le guide jaune est accusé d’homicide involontaire suite… à un problème de malnutrition. Le dossier est effarant, mais est-il surprenant ? Depuis de nombreuses années, et surtout depuis le livre choc de Victor Castanet, Les Fossoyeurs, publié en 2022, les conditions de vie dans ces mouroirs sont connues. Le témoignage d’un cuisinier concernant la prise en main du groupe Korian fait froid dans le dos. Il signale entre autres un « management déplorable » et la « dégradation de la qualité du restaurant, produits et budgets restreints, personnel non qualifié…. » Il ajoute que les produits sont « de très mauvaises qualités » et qu’en réalité, ça ne cuisine plus puisque tout est réalisé par… Sodexo. Ce témoignage date de 2017.
L’année suivante, en 2018, le Gault et Millau débarque comme une fleur dans un système vicié pour valider une démarche honteuse et inepte. Tout simplement parce qu’il faut bien prendre l’argent là où il est. Un dernier petit chiffre pour la route : connaissez-vous le « food cost » quotidien moyen dans une maison de retraite, pour assurer le petit-déjeuner, le déjeuner, le goûter et le diner ? 4,35€.
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