La Liste 2025 : un business as usual toujours plus ridicule

Chaque année, depuis sa création en 2015, La Liste publie un pseudo classement des meilleurs restaurants du monde, basé sur un algorithme impossible qui prétend être objectif alors qu’il ne constitue qu’un pâle outil du soft power hexagonal et désormais une source de business.

Les bookmakers prennent déjà les paris : même mort, Guy Savoy sera encore et toujours premier du classement de la La Liste. Avec ses amis, les fondateurs de ce système franchouillard anti-50 Best, ils ont du se mettre d’accord autour d’une table, une belle bouteille de vin de Bordeaux devant eux, avant de lancer leur Barnum, sur la nécessaire présence d’une tête de pont indétrônable pour incarner la France. Par son historique, par son statut, par ses réseaux aussi, le chef de la Monnaie tenait la corde. Il ne la lâche pas. Depuis le début, Guy Savoy truste donc la tête de liste, contre vents et marées, contre le Michelin même qui avait bien compris le stratagème. Le Bibendum lui a enlevé la troisième étoile en 2023 – un retrait justifié selon nous – pour voir comment réagirait l’algorithme. Une réaction qui n’en fut pas vraiment une puisque, en 2024, Guy Savoy conservait la première place. Tout les commentateurs, qui ne commentent plus rien tout haut de peur de ne plus être invités à la sauterie annuelle au Quai d’Orsay, rigolaient sous cape d’une telle ineptie. La Liste a au moins une qualité : la constance de ses vilaines habitudes de privilégier les amis au détriment de la moindre vérité algorithmique. D’ailleurs, quelle vérité des chiffres ? La Liste se vante d’avoir une « méthodologie unique » – nous préférons « inique » – qui analyse plus de 1100 sources, des guides jusqu’aux commentaires des clients, pour en ressortir une note sur 100. Est-ce possible de le faire correctement ? Plusieurs spécialistes estiment que, d’un pur point de vue technique, non. Mais que dire encore de l’affirmation selon laquelle « le système prend également en compte les engagements environnementaux et sociaux des établissements, assurant une évaluation contemporaine » ? Foutaise. Personne aujourd’hui n’est capable d’une telle analyse, pas même le Michelin, bien mieux outillé pourtant, qui reconnait qu’il est impossible à ce jour de remonter les informations et les quantifier. En écrivant cela, La Liste ne dit tout simplement pas la vérité.  

Pour essayer de faire bonne figure, mais aussi et surtout désormais pour faire des grosses affaires en Asie – « car le business est là, il faut désormais les mettre en avant pour vendre des contrats » glissait une source proche des organisateurs de La Liste à Bouillantes -,  le classement se transforme en grande école des fans. Ratisser large ! L’an dernier déjà, six restaurants occupaient la première place. Cette année, ce ne sont pas moins de neuf tables qui trustent le haut du podium, dont la Vague d’Or (Saint-Tropez) du chef Arnaud Donckele. Ainsi, le hasard fait bien les choses : Bernard Arnault et François Pinault se retrouvent côte à côte sur la première marche. Si la La Liste n’a pas peur du ridicule, on peut au moins lui reconnaitre le sens des affaires. 

Ce sens des affaires se voit aussi dans la multiplication des prix : pas moins de douze ! Sponsorisés bien évidemment. Forcément, pour faire plaisir à tout le monde, les catégories débordent de vainqueurs. Il y en a tellement que le communiqué de presse n’a pas réussi à les faire tenir dans la capture d’écran glissée dans le document. On ne s’étendra pas sur le prix d’honneur remis à Georges Blanc – Monsieur le Bibendum, un commentaire sur la troisième étoile de M. Blanc ? – mais on ne peut s’empêcher de sourire, encore, sur les « tendances de la gastronomie 2024 » mises en avant : la cuisine italienne, la cuisine chinoise, la végétalisation, la fermentation, la mixologie… Que de révélations d’un coup, c’est trop ! En conclusion, La Liste prend des risques comme jamais en affirmant que « la gastronomie évolue vers une approche centrée sur le plaisir et l’authenticité, où l’expérience client prime sur les distinctions. » Enfin une note de bon sens : les clients se moquent bien des vicissitudes de la Liste qui n’a jamais eu pour objectif de classer les restaurants selon un système précis mais de valoriser coûte que coûte la gastronomie française puis, désormais, de développer des intérêts commerciaux, en Asie principalement. Quant aux chefs, trop heureux d’être invités, de se retrouver et de gagner une breloque, ils participent aveuglement. Un business as usual toujours plus ridicule. 

___

Sur le même sujetLa Liste : Guy Savoy et six autres établissements à la première placeGuy Savoy, marionnette de La Liste et du MichelinLa Liste : nouvel actionnaire, nouveau conflit d’intérêts

Pratique | Lien vers le site de La Liste

EN VIDÉO

Des dizaines de témoignages soulèvent les relations troubles entre le Gault et Millau et l’agence Com En Régions

ABONNEMENT

Abonnez-vous au seul média indépendant et quotidien de la food

Tous les matins, recevez La Bouillantes de 8h30 dans votre boite mail.

Abonnez-vous en suivant ce lien

CHEZ BOUILLANTES, C’EST LA RED WEEK :
-50% SUR L’ABONNEMENT ANNUEL, SOIT UN TARIF DE 46,20€ TTC

Sélectionnez l’abonnement annuel et tapez le code de réduction BLACKWEEK pour profiter d’une réduction de 50%. 

Lien vers la page abonnement

LES DERNIERS ARTICLES

L’algorithme de La Liste existe-t-il seulement ? 

Depuis dix ans, la Liste, originellement créée dans le but revendiqué de contrer la prétendue francophobie du World’s 50 Best, annonce son classement mondial en se référant à un algorithme capable d’avaler des milliers de sources. Sauf que tout prête à croire que cet algorithme n’existe pas.

Comment le Michelin a coincé La Liste

En 2023, le guide Michelin a joué un très mauvais coup à La Liste. Celle-ci s’est trouvée dans une impasse, obligée de renier soit l’intégrité de son prétendu algorithme, soit son indépendance, garante de sa pérennité économique et politique.

Lettre d’excuse du Gault et Millau : le pire bad buzz de l’histoire du guide

Le guide Gault et Millau a eu l’idée saugrenue de publier sur son compte Instagram une parodie de « lettre d’excuse » justifiée par les « désagréments occasionnés par (son) incorrigible enthousiasme gastronomique » et par la qualité de son travail de valorisation des restaurants. Une lettre qui a mis le feu aux poudres puisqu’elle donne l’occasion aux professionnels du secteur d’exprimer au Gault et Millau ses quatre vérités et plus encore. Un feu d’artifice de critiques qui fait mal.

Le restaurant Guy Savoy occupe (encore) la première place de La Liste 2026, avec… Joël Robuchon

La Liste vient de communiquer sur le haut de son classement. Dix tables occupent la première place, issues de huit pays différents. Exit Cheval Blanc (Saint-Tropez) du chef Arnaud Donckele, mais statu quo pour le restaurant Guy Savoy qui conserve encore et toujours la première place en dépit du bon sens. Le restaurant Robuchon au Dôme (Macau) occupe également la première place du palmarès. Parmi les autres restaurants en tête de Liste : Cheval Blanc by Peter Knogl (Bâle, Suisse), Da Vittorio (Brusaporto, Italie), Le Bernardin (New York, USA),

Logiciel de caisse : la certification obligatoire a du plomb dans l’aile

En dépit des récentes perquisitions qui ont eu lieu dans le monde de la restauration et des fortes suspicions de fraude, un amendement a été adopté par l’Assemblée nationale pour maintenir le système d’auto-certification des éditeurs de logiciels de caisse. Les arguments développés en faveur de ce nouveau recul sont très contestables.

Michel Roth, BHV et Shein : un chef devenu sourd et muet ?

Les chefs sont-ils sourds et aveugles ? Pas impossible. Alors que toutes les enseignes qui ont une image à défendre ont quitté le BHV parisien où s’est installée la marque Shein, le chef Michel Roth, présent avec sa « Table cachée » fait… la sourde oreille.

Le Gault et Millau fait aussi polémique en Belgique

Très largement vilipendé en France, le guide Gault et Millau l’est également en Belgique. Un restaurateur critique ouvertement sa note avec un argument fort bien connu des deux côtés de la frontière. Explications.

Tu veux trois étoiles au guide Michelin ? Sois « poétique »

Comment gagner cette fameuse troisième étoile au guide Michelin ? Par-delà tous les superlatifs rattachés au monde de la restauration que l’on peut lire dans les textes accolés aux tables distinguées, il se pourrait bien que les inspecteurs se tournent de plus en plus non seulement vers la notion d’expérience, désormais un classique, mais aussi et surtout vers une écriture culinaire qui se doit d’être… poétique. Rêveur et sensible le Bibendum ? Peut-être bien.

Emily Dader (Trèfle, Lyon 2e arr.) : « On ne peut pas parler de cuisine sans parler du corps et de sa santé »

Formée à l’Institut Paul Bocuse, riche d’une belle expérience en restauration, Emily Dader a tout connu de la rigueur du métier. Après quatre années aux Mauvaises Herbes (Lyon 1er arr.), elle a ouvert Trèfle (Lyon, 2e arr.), en septembre 2025. Dans son restaurant 100% végétal, elle réalise une cuisine exigeante et joyeuse, portée par une vision du travail plus respectueuse des corps et des personnes.

Haute gastronomie et menus à petits prix : les grands restaurants perdent-ils la raison ?

Pour répondre à une baisse de fréquentation, de nombreux établissements étoilés baissent leurs tarifs pour proposer des menus « abordables ». Un deux étoiles à moins de 60€, un trois étoiles à moins de 120€, c’est désormais possible. Mais la haute gastronomie ne joue-t-elle pas à un jeu dangereux qui pourrait la mener à perdre sa pertinence et son ADN ?

Un reportage, une table deux étoiles, six erreurs : quand un restaurant parisien montre son pire visage

À l’occasion d’un reportage dans un restaurant doublement étoilé à Paris, il nous a été donnés l’occasion de découvrir de l’intérieur le pire (ou presque) de ce qu’un restaurant peut montrer. Nous ne publierons pas le reportage initialement prévu car il nous semble impossible de valoriser cet établissement. Mais nous ne pouvons pas non plus taire ce que nous avons vus.

LA PLATEFORME BOUILLANTES