Si tu te poses encore la question de savoir qui va être le ‘Chef de l’année’, il te suffit d’ouvrir ton guide Michelin et de regarder, si tu ne le sais pas déjà, qui a gagné trois étoiles quelques mois avant. En 2026, ce fut le chef Michaël Arnoult, à la tête des Morainières (Jongieux, 73). Qui est élu ‘Chef de l’année’ quelques mois plus tard ? Dans le mille Émile.
Une exception en forme de heureux hasard dans l’histoire de ce titre en papier mâché ? Certainement pas. Tous les ans, c’est la même chanson, la même histoire. En 2025 ? Rebelote avec Hugo Roellinger. En 2024 ? Banctel pardi. En 2023 ? Alexandre Couillon. On remonte encore un peu ? Allez : Dimitri Droisneau en 2022, Alexandre Mazzia en 2021, 2020 avec Glenn Viel, Christophe Bacquié en 2018. Et en 2019 ? C’est le pompon ! Deux chefs reçoivent trois étoiles, Mauro Colagreco et Laurent Petit. Comment va faire le magazine, qui explique que le résultat est issu du vote des cuisiniers étoilés ? Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple : ex-aequo pour le chef du Mirazur et du Clos des Sens. Tout le monde il est content.
Mais alors, que doivent penser Christopher Coutanceau et Fabien Ferré, qui ont reçu leurs trois étoiles ces dernières années sans avoir le bonus gratos du ‘Chef de l’année’ ? Pas aimés par leurs pairs ? Mais quelle tristesse, quelle injustice ! Appelez-moi les Luzin ! Quant à Arnaud Donckele, qui a reçu trois étoiles pour sa table parisienne Plénitude en 2022 sans être l’élu, il n’a pas à s’inquiéter puisqu’il a déjà reçu le sublime titre en 2013. 2013 ? Ah bah oui, l’année de ses trois étoiles pour la Vague d’Or. On se gondole ? Totalement.
En fait, ce ne sont pas les chefs qui votent, mais les inspectrices et inspecteurs du guide Michelin. Là, on rigole, mais à peine. Car ce conservatisme est d’un triste à mourir, sans surprise, sans créativité et sans élan. Mais il s’explique facilement : puisque les chefs n’ont pas le temps d’aller manger chez les uns et les autres, ils copient comme de gentils moutons le petit livre rouge qui leur sert encore de bible. Alors, sincèrement, à quoi sert encore ce titre de ‘Chef de l’année’ ? À se réunir dans un Parc des Princes vide à 99,9% ? Tout ça sonne vide, très vide.
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