Partenariats à gogo : le Michelin s’est pris une veste par Hugo Roellinger

Lors de la cérémonie du guide Michelin, contrairement à tous ses confrères et consoeurs, le chef Hugo Roellinger n’a pas enfilé sa veste blanche offerte par le Bibendum, arborant les toutes chaudes trois étoiles mais aussi le nom de plusieurs partenaires qui ne collent pas vraiment avec l’esprit de la maison bretonne. Un acte solitaire qui honore un homme, une famille, et qui devrait interpeller toute une profession.

L’habit ne fait pas le moine, mais il y a parfois des choix qui en disent long. Depuis quelques années, l’annonce des nouvelles tables étoilées se double d’un rituel, celui de la remise de la nouvelle veste au chef qui monte sur scène. Une belle veste blanche immaculée, incarnant tout le savoir-faire d’une profession, un présent de choix qui permet au Michelin d’habiller les chefs au sens premier du terme. Mais tout cela n’est pas gratuit, loin de là même. Cette année, sur la manche de gauche, il y a le logo de Destination Moselle, la puissance accueillante ; sur celle de droite, il y a les noms de Lafont, le fournisseur de la veste, et plus problématique ceux de Metro et Président Professionnel. Que celui qui pense que le Bibendum rase gratis aille se rhabiller ailleurs. 

Si tous les chefs se sont emparés de la veste pour l’enfiler sans la moindre hésitation, il y en a un, un seul, qui a fait un choix contraire. Poli, il a pris la veste mais, cohérent avec ses engagements et sa philosophie, il ne l’a pas portée. En agissant ainsi, Hugo Roellinger s’inscrit dans la filiation paternelle, intègre et rebelle, passionnée et engagée. L’un comme l’autre, Hugo et Olivier, n’ont jamais eu la prétention de jouer de leur côté, de faire croire qu’ils se moquaient des étoiles, mais ils osent contester certaines dérives sans vouloir rejeter le système dans son intégralité. La preuve : toute la famille ou presque était là pour féliciter le couple Marine et Hugo Roellinger, et l’émotion de ce dernier suffisait à prouver l’importance du moment. Mais le souhait de ne pas mettre sur ses épaules cette veste prouve qu’il est possible d’envoyer des messages sans chercher à mettre le feux au poudres. 

Le Michelin, machine à partenariat, pompe à fric 

Il fut un temps où le guide Michelin n’était qu’un outil de communication au service des pneus de la même marque : on vantait du papier pour refourguer du caoutchouc. Dans le budget consolidé de la firme de Clermont-Ferrand, la ligne de la division Carte et Guides était irrémédiablement déficitaire et personne ne s’en plaignait, pas même les Auvergnats. Et puis les temps ont changé, la société aussi.

Désormais, il faut engranger du chiffre, faire du bénéfice, vaille que vaille. Le filiforme Gwendal Poullennec, diplômé d’une prestigieuse école de commerce, a été recruté pour ça. Et il le fait à merveille. Pour la sauterie de Metz, le Bibendum a regroupé pas moins de… 15 partenaires, réussissant même à faire venir Visit Luxembourg qui disposait d’un stand sur lequel il proposait quelques verres de vin pour la modique somme de 100 000€.

Sur l’espace « presse » en ligne où il est possible de récupérer des centaines de photos de l’événement, sur les 37 albums proposés, quelque 21 sont reliés à des partenaires. En quelques années, le Michelin est devenu une machine à partenariat et une pompe à fric. 

Comme nous l’écrivons dans notre encadré (lire ci-dessus), le Michelin ne fait plus rien sans partenaires. Un prix, c’est un partenaire ; une nouvelle destination, ce sont des financements garantis en amont. Rien de plus normal dans un système où chacun doit s’y retrouver financièrement. Mais il y a comme un paradoxe récurrent pour les chefs à vanter d’un côté leur philosophie de travail, qui convoque le petit producteur et l’artisanat, mais qui de l’autre se contrefiche d’être des colonnes Morris ambulantes pour des marques qu’ils abhorrent. Un choix qui, pour certains, en dit long sur leurs incohérences. Grâce à Hugo Roellinger, chef bien élevé, le Michelin s’est pris une veste, logotypée « Bretagne », terre frondeuse et salutaire. 

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Photographie | Cédric Le Dantec

LES INFOS EXPRESS

04.09 | La dixième édition du prix ‘Mange, Livre !‘ se déroulera à Lille le 14 septembre. « Depuis 2016, le collectif met à l’honneur des ouvrages qui interrogent nos façons de produire, de cuisiner et de consommer, tout en nourrissant le débat autour des enjeux alimentaires d’aujourd’hui et de demain. » Dix livres sont en compétition.

04.09 | Selon l’Observatoire de l’emploi des entrepreneurs GSC-Altares, 5 057 chefs d’entreprise du CHR ont perdu leur emploi au premier semestre 2026, soit une haute de 10% en un an. Cela représente près de 200 dirigeants chaque semaine, dont 80% pour le seul secteur de la restauration.

02.09 | Selon une étude de Dujour.pro, les réservations via des assistants IA ont bondi cet été, passant de 1,5% à 7,1% par rapport à l’an dernier sur la même période. L’étude montre également que l’utilisation du bouton ‘Réserver une table’ de la fiche Google du restaurant progresse de 17% (à noter : la société est partenaire de Google). Parmi les autres chiffres : deux clients sur trois réservent en ligne quand cela est possible ; près d’une réservation sur quatre (23,9%) se décide moins de trois heures avant de passer à table. L’étude porte sur 500 restaurants.

02.09 | ‘Humiliations, journées sans fin et hygiène douteuse : Pierre Sang, le cuisinier star qui terrorise ses équipes’ : Médiapart a publié, lundi 1er septembre, une enquête sur le chef Pierre Sang. En cause ? « Un contrôle permanent, des propos humiliants, un rythme infernal (…), des problèmes liés à la propreté des cuisines ou à des produits surgelés servis comme des plats gastronomiques. »

01.09 |Le chef Thibault Sombardier a annoncé sur son profil Instagram le décès d’Emeric Vincent, qui fut le directeur de salle du restaurant Sellae (Paris, 13e arr.). « Il avait commencé au restaurant Antoine comme commis runner. Par son travail, son talent, sa passion et sa personnalité hors du commun, il avait parcouru un chemin remarquable jusqu’à devenir directeur de salle et sommelier (…) Il était de ces personnes que l’on n’oublie pas. Une joie de vivre communicative, une gouaille incroyable, beaucoup d’humour et cette énergie qui donnait envie aux gens de revenir. Les clients l’aimaient. Beaucoup venaient pour lui, pour son sourire, une plaisanterie ou simplement quelques mots échangés. » écrit Thibault Sombardier. « Nous perdons aujourd’hui un collaborateur exceptionnel, mais surtout un homme profondément attachant, généreux et lumineux. Nous garderons son rire, son énergie, son humour et tous les souvenirs de ces neuf années partagées avec lui » ajoute-t-il. Emeric Vincent était âgé de 33 ans. 

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