Cette lettre ouverte a été publiée sur le compte Facebook de Jérôme Bocuse. Elle est ci-dessous reproduite in extenso, avec l’accord de son auteur.
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« Je n’ai jamais publié quoi que ce soit sur Facebook. C’est mon tout premier message. Si je prends la parole aujourd’hui, c’est que je ne peux plus me taire.
Ce soir, je suis en colère. Profondément en colère. Et dégoûté.
Cela fait plus de trente-cinq ans que je vis aux États-Unis, où j’ai l’honneur de représenter la France au sein du Pavillon de France à Epcot, en Floride. Plus de trente-cinq ans que je porte la France avec moi chaque jour. Dans ma cuisine, dans ma manière de recevoir, dans tout ce que mon père m’a transmis. Des millions de visiteurs du monde entier découvrent chez nous un peu de notre pays, et quand on prononce le nom de Bocuse, les gens sourient. Ils parlent de la France avec respect.
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Et aujourd’hui, j’ai vu la statue de mon père déboulonnée et saccagée par des voyous.
Mais il n’y a pas que la statue de mon père. Des bâtiments incendiés. Des boutiques pillées. Des commerçants, des artisans, des familles qui se lèveront demain matin devant le travail de toute une vie réduit en cendres ou vidé de tout. Ce sont eux, les premières victimes de cette journée.
Qu’on ne vienne pas me parler de colère sociale. Manifester est un droit. Brûler, piller, détruire, salir la mémoire d’un mort, c’est une honte. Ceux qui ont fait cela ne défendent rien ni personne. Ils ne savent même pas qui était l’homme qu’ils ont jeté à terre. Mon père, fils de cuisinier, a commencé tout en bas. Il a travaillé toute sa vie, sept jours sur sept, pour faire rayonner la France, former des milliers de cuisiniers et faire vivre des centaines de familles. Ces individus ne construisent rien. Ils ne savent que casser ce que d’autres ont bâti.
Je veux rendre hommage à Paul Maurice Morel, directeur des Brasseries Bocuse, à son fils et aux équipes de la brasserie Le Sud, qui ont fait face aux casseurs pour sauver cette statue. Ils n’étaient pas obligés. Ils l’ont fait par fidélité, par courage, par amour pour mon père. Pendant que le gouvernement regardait ailleurs, ce sont eux qui se sont tenus debout. Merci à vous, du fond du cœur.
Je tiens aussi à féliciter les forces de l’ordre, qui ont fait leur travail avec courage face à une violence inacceptable. Ils ne sont pas les responsables de cette situation. Les responsables, ce sont ceux qui les laissent se battre sans les moyens nécessaires. Aux États-Unis, les forces de l’ordre sont équipées, soutenues et respectées. En France, on leur demande l’impossible avec des bouts de ficelle, puis on les abandonne. Ce gouvernement est totalement inefficace, incapable de répondre à la détresse des Français, incapable de donner à sa police les moyens de protéger le pays, ses commerces et son patrimoine. Vu des États-Unis, la France ressemble aujourd’hui à un pays à l’abandon, où les casseurs et les pilleurs n’ont peur de rien parce qu’ils savent qu’il ne leur arrivera rien. C’est une humiliation nationale.
J’exige que les responsables soient identifiés, arrêtés et condamnés. Pas un rappel à la loi. Pas une amende symbolique. Une vraie sanction. Et j’attends du gouvernement autre chose que des communiqués : des actes, et un soutien réel aux commerçants qui ont tout perdu.
Une statue, cela se répare. Mais la honte que je ressens ce soir pour ce pays que j’aime, elle, ne partira pas de si tôt. Et demain, au Pavillon de France, quand nos visiteurs me demanderont ce qui se passe chez nous, je n’aurai pas de réponse.
Mon père nous a appris que la cuisine, c’est le partage, le travail et la générosité. Tout ce que ces gens méprisent. Cet héritage-là, aucun vandale ne pourra jamais le déboulonner.
Vive la France. La vraie. Celle qui travaille, qui construit et qui se tient debout. »
Jérôme Bocuse














































