Le pourboire, un enjeu essentiel

Avec la disparition du ‘liquide’, cette ‘espèce’ en voie de disparition, le pourboire digital semblait constituer la solution parfaite. Sans odeur, indolore, un simple clic pour un coup de pouce salutaire pour le petit personnel. Merci bien. 

Sauf que le client est pris à chaque fois entre deux feux quand il s’agit de payer. La fierté et la raison. La fierté d’être généreux ; la raison d’être économe. La main tendue qui tient le terminal de caisse et l’oeil discret du serveur ou de la serveuse font hésiter. On se repasse tout le repas ou le simple café consommé, que faire, que privilégier : la générosité ou la retenue ? Un pourboire forcé et c’est l’humiliation du client ; un refus de pourboire et c’est la main qui vous a nourri qui est humiliée. 

Comment éviter l’humiliation, voilà la grande question du pourboire dit « digital ». La solution ne pourrait-elle pas se trouver dans un nouvel espace-temps, plus loin, plus tard ? Un peu comme le chauffeur Uber à qui l’on peut ajouter un pourboire après les courses, une fois descendu de la voiture. Autre solution : privilégier le règlement global de l’addition quand le client est encore attablé. Seul, face à lui même, il peut choisir sans culpabilité, en âme et conscience. 

Le pourboire, digital ou pas, est bien trop important dans l’attractivité des métiers de la restauration pour le négliger. Par-delà la question de sa fiscalité qui revient régulièrement dans le débat, il faut repenser la praticité de ce geste loin d’être anodin dans une société très individualiste. Derrière ce geste faussement anodin se joue un triple enjeu essentiel : économique, culturel, humain.

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Photographie

Pablo Merchan Montes

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